
Date : 7 novembre 2025
Les questions clés qui ont motivé la mobilisation et les manifestations des jeunes.
« La jeune génération tanzanienne est confrontée à une série de défis sociopolitiques et économiques. Cependant, elle ne dispose pas de plateformes efficaces lui permettant d’exprimer, de reconnaître et d’entendre ses préoccupations de manière significative. De nombreux jeunes perçoivent les manifestations publiques comme le seul moyen viable d’exprimer leurs griefs et de faire entendre leur voix dans le processus démocratique ».

© Reuters/Onsase Ochando.
La principale raison pour laquelle la jeunesse tanzanienne est descendue dans la rue était l’absence d’élections libres et équitables. Nombreux sont ceux qui affirment que les commissions électorales tanzaniennes manquent d’indépendance, car les principaux responsables, y compris le président, sont nommés par le président et restent directement responsables devant l’exécutif. Les élections passées ont été entachées d’irrégularités récurrentes, ce qui a incité les jeunes à exiger des réformes et une nouvelle constitution pour garantir des scrutins véritablement libres et équitables.
La corruption et l’utilisation abusive des fonds publics ont également été à l’origine des manifestations. Les jeunes ont partagé des images de biens luxueux prétendument détenus par des fonctionnaires, remettant en cause leur légitimité et soulignant les détournements de fonds. Les médias sociaux sont devenus une plateforme pour dénoncer ces pratiques, augmentant ainsi l’indignation du public.
Enfin, les disparitions forcées de détracteurs du gouvernement et de défenseurs des droits huamins, avec plus de 200 cas depuis 2019, ont intensifié la mobilisation des jeunes. La Gen Z a exigé la libération des dirigeants de l’opposition détenus et des citoyens disparus, faisant des violations des droits humains un autre facteur clé à l’origine des manifestations.
Comment les jeunes se sont organisés et ont fait entendre leur voix.
Le 29 octobre 2025 était le jour des élections générales en Tanzanie, mais cette fois-ci, les jeunes en ont fait non pas un jour de vote, mais un jour de manifestation pour revendiquer leurs droits, qui ont longtemps été ignorés. Il convient de rappeler que ce n’était pas la première fois que des manifestations étaient organisées en Tanzanie, mais ces manifestations étaient uniques en raison de leur organisation et de leur succès malgré l’assassinat de manifestants innocents. Les jeunes ont utilisé des plateformes de médias sociaux telles que TikTok, Instagram, X, Facebook et Clubhouse pour organiser des manifestations. Le jour des manifestations, une nouvelle application de communication, Zello, est entrée dans le vocabulaire public, car elle n’avait pas été largement utilisée auparavant par la jeunesse tanzanienne. Parallèlement à d’autres plateformes, les jeunes ont utilisé Zello pour communiquer et s’organiser. Ces plateformes ont joué un rôle crucial en connectant les jeunes et en facilitant leur coordination. Cependant, lorsque les manifestations ont pris de l’ampleur et que les jeunes ont commencé à partager des photos et des vidéos en ligne, les autorités tanzaniennes ont décidé de couper l’internet. La restriction a duré plus de six jours.

Défis pour l’engagement des jeunes dans la construction de la démocratie en Tanzanie.
Les manifestations de la Gen Z en Tanzanie étaient motivées par le désir de façonner l’avenir démocratique du pays ; cependant, ce mouvement a eu un coût élevé, entraînant la perte de nombreuses jeunes vies et laissant un impact profond sur toute une génération. Cette situation a incité le principal parti d’opposition tanzanien , CHADEMA, et la Tanganyika Law Society à recueillir des informations auprès des familles qui ont perdu leurs proches lors des manifestations post-électorales. Des rapports récents émanant de médias et d’autres sources à l’intérieur et à l’extérieur de la Tanzanie indiquent que plus de 2 000 personnes ont été tuées au cours des trois jours de manifestations post-électorales dans toute la Tanzanie.

Un autre défi majeur auquel est confrontée la jeune génération pour s’engager et façonner la démocratie en Tanzanie est que tout jeune qui élève la voix est souvent considéré comme un ennemi du gouvernement, plutôt que de servir de miroir aux autorités pour réfléchir à leurs actions et identifier les domaines à améliorer. C’est ainsi que des jeunes, en particulier des internautes, ont fait l’objet d’arrestations arbitraires et d’accusations forgées de toutes pièces, tandis que certains ont disparu de force, sans que l’on sache ce qu’il est advenu d’eux.
La revendication des droits a ses conséquences, et cela ne peut être nié. Toutefois, alors que la Tanzanie écrit un nouveau chapitre pour instaurer une véritable démocratie et des réformes dans le pays, la contribution de la Gen Z ne sera jamais oubliée, car elle a servi de catalyseur pour instaurer une véritable démocratie qui respecte et amplifie leurs voix.
Opportunités pour l’engagement des jeunes dans la construction de la démocratie en Tanzanie.
Les plateformes de médias sociaux restent un outil essentiel pour façonner la démocratie à laquelle nous aspirons, même face aux coupures d’Internet et à la censure. Les bailleurs de fonds ont un rôle essentiel à jouer dans l’évaluation des relations entre le gouvernement et les organisations de la société civile afin d’aligner les priorités et de soutenir les initiatives qui renforcent la résilience numérique. De tels programmes peuvent permettre aux jeunes de naviguer et de surmonter les défis posés par les restrictions d’Internet, assurant ainsi leur engagement continu dans les processus démocratiques en Tanzanie.
Les membres de la YDC qui ont contribué à cette section :
Kumbusho Dawson, directeur exécutif de Reach Out Tanzania



