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L’Accès à l’information en Afrique, challenges et perspectives

par Mame Diarra Diop

L’accès à l’information est un droit garanti par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qui stipule en son article 19, que « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit », un droit qui doit garantir le développement de sociétés informées, libres et démocratiques. Après l’adoption par la Conférence générale de l’UNESCO d’une résolution majeure en 2015, l’Assemblée Générale des Nations Unies a entériné le 28 septembre, Journée internationale de l’Accès à l’information en 2019, ce qui a favorisé l’expansion des lois dites ATI ou « Access to information » qui font partie des constitutions de la plupart des pays.

Sur le continent, l’accès à l’information est mentionné dans des conventions internationales comme le Protocole de la CEDEAO sur la lutte contre la corruption ou encore la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. En Sierra Leone, on parlera du «Right to Access Information Act», en Afrique du Sud du «Freedom of Information Act», ou la «Charte d’accès à l’information publique et aux documents administratifs» au Niger. Le Mali, avec un taux d’alphabétisation faible, a adopté en 1998 la loi régissant les relations entre l’administration et les usagers des services publics avec un focus sur l’accès des citoyens aux documents administratifs. Cependant, l’accessibilité des citoyens à ces données publiques affiche des délais encore longs auprès des organismes et pourrait être améliorée, tout comme le manque de transparence dans les données qui constitue un blocage, sans oublier les barrières linguistiques pour de nombreux citoyens.

Autre obstacle, les lois ATI restent encore en marge des progrès du numérique faute de procédures simplifiées. Les organismes publics attitrés n’intègrent pas toujours des plateformes qui puissent faciliter l’accès à l’information au citoyen souligne Africa Check, l’organisation de fact-checking basée à Johannesburg. Pour changer cette dynamique, il y a besoin d’intensifier le plaidoyer des sociétés civiles et l’action des gouvernements, d’accroître la visibilité des plateformes d’Open Data en y attirant plus d’étudiants, de journalistes ou tout autre public concerné ou encore de développer des programmes de formation sur l’accessibilité des données ouvertes pour tous les citoyens. Des initiatives récentes comme le Projet pour l’appui à la conduite du changement Open Data, lancé en 2022 au Bénin illustre une volonté de faire bouger les choses. La Côte d’Ivoire s’aligne sur la stratégie de l’organisation Open Government Partnership, dont elle est membre depuis 2015, avec des données transparentes et fiables pour le public à travers sa plateforme de données ouvertes.

A l’heure où les espaces civiques rétrécissent dans certains pays du Sahel, et face à la désinformation grandissante, le plaidoyer pour un meilleur accès à l’information devient urgent. En 2024, l’organisation Reporters sans frontière (RSF), lors d’un sommet organisé par l’UNESCO et l’Union africaine, s’est engagée en lançant sa Déclaration sur le droit à l’information au Sahel. Parmi les dix engagements, l’un d’eux stipule qu’il faut : « Garantir un accès continu à Internet, en particulier durant les périodes d’intense mobilisation sociale comme les élections ou les manifestations publiques ». De fait, les journalistes constituent des acteurs clés pour promouvoir l’importance de l’accès à l’information. En tant qu’artisans de l’information, ils peuvent interpeler les autorités sur l’application des différents textes devant faciliter l’accès universel à l’information, intensifier le plaidoyer global et attirer l’attention sur les barrières qui existent encore en Afrique pour le plein exercice de ce droit fondamental.

Si le digital capture aujourd’hui l’imaginaire de milliers de jeunes africains, son utilisation encadrée doit servir à construire des sociétés plus libres et démocratiques et l’accès à l’information y joue un rôle clé. Promouvoir l’accès à l’information permettra de créer des dynamiques nouvelles dans les domaines de l’éducation, mais aussi d’accroître la participation citoyenne et les compétences numériques des jeunes africains, en préparant le terrain pour en faire des acteurs à part entière de leurs sociétés.

C’est tout l’esprit du projet « Digitalise Youth » soutenu par la Youth Democracy Cohort qui vise à améliorer les compétences numériques des jeunes. Des mouvements de la Digital Democracy ayant déjà débuté dans de nombreux pays permettront de mener le combat pour un meilleur accès à l’information.

Mame Diarra Diop