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Participer à la CADHP : un guide de plaidoyer pour les jeunes

Pourquoi ce guide ?

S’engager dans des espaces institutionnels comme la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP, ou ACHPR en anglais) peut sembler intimidant la première fois. Entre les sigles, les procédures, les acteurs à identifier et les codes à comprendre, il est facile de se sentir perdu.

Ce guide a pour objectif d’outiller les jeunes qui souhaitent s’engager dans ce type d’espace de plaidoyer. En tant que YDC, nous avons eu l’opportunité d’y participer, et nous avons voulu recueillir les expériences réelles de plusieurs jeunes participant.e.s : Laity, Abdoulaye, Faty et Félicien, pour transformer leur vécu en conseils concrets et applicables sur ce qui fonctionne, ce qui surprend, et ce que nous aurions aimé savoir avant de nous y rendre.

1. La CADHP et le Forum des ONG : deux espaces, une même cause

Avant de parler de stratégie, il faut comprendre où nous mettons les pieds.

La CADHP est l’organe continental chargé de promouvoir et protéger les droits humains en Afrique, créé sous l’égide de l’Union africaine. Elle tient deux sessions ordinaires par an, durant lesquelles elle examine le respect de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples par les États, entend les rapports des Rapporteurs spéciaux et Groupes de travail thématiques, et adopte des résolutions.

Le Forum des ONG, lui, se tient juste avant chaque session ordinaire de la Commission. Coordonné par l’African Centre for Democracy and Human Rights Studies (ACDHRS), il rassemble les organisations de la société civile africaine et internationale pour échanger, se coordonner et bâtir des stratégies de plaidoyer communes avant d’aborder la session officielle.

YDC delegation at ACHPR

C’est cette articulation qui fait toute la pertinence de l’événement pour le plaidoyer : le Forum des ONG est l’espace où nous affinons nos messages et nos alliances entre pairs ; la session de la CADHP est l’espace institutionnel où nous portons ces messages devant les Commissaires, les représentants d’États et les mécanismes spéciaux. L’un prépare l’autre.

2. Se préparer : ce qu’il faut savoir avant de partir

La préparation fait toute la différence entre une participation passive et un plaidoyer qui porte

Pour un plaidoyer efficace une préparation suffisante est nécessaire: un objectif clair et raisonnable, une analyse des preneurs de décision et comment les convaincre, les messages clés et arguments adaptés pour convaincre chaque type de cible, le type d’activité permettant d’atteindre le plus d’impact doivent être réfléchi et fixés à l’avance.

« Nous avons bénéficié de cours de plaidoirie (…) Cela nous a permis de renforcer nos capacités d’expression, d’argumentation et de structuration des idées dans un cadre plus professionnel » — Faty

andrew and léa

Pour aller plus loin, cette vidéo sur le cycle de plaidoyer est une bonne ressource à regarder en amont : elle aide à situer où se trouve un événement comme la CADHP dans une stratégie de plaidoyer plus large, et pas seulement comme un événement isolé.

Quelques repères pratiques à connaître avant de partir :

  • L’inscription se fait en amont, généralement plusieurs semaines avant la session, via un formulaire en ligne auprès du Secrétariat de la Commission.
  • Préparer une déclaration écrite dans une des langues de travail (français ou anglais) et en prévoir plusieurs copies pour le Secrétariat.
  • Le temps de parole officiel est court (souvent autour de 5 minutes, parfois réduit à 3 en cas de session chargée), donc mieux vaut préparer un message concis et percutant plutôt qu’un texte trop long.
  • Ne pas négliger les side events : ce sont souvent les espaces où se construisent les relations et les opportunités de plaidoyer les plus concrètes.

Le sentiment partagé par plusieurs participants : nous ne réalisons l’ampleur de l’écosystème qu’une fois sur place, donc mieux vaut arriver avec des objectifs clairs (que voulons-nous faire entendre ? à qui ?).

3. Ce qui nous a marqué : un bouillonnement d’idées, de profils et de thématiques

Une fois arrivé, l’événement se révèle bien plus dense et vivant que nous ne l’imaginons en le lisant sur le papier. « J’ai été marqué par l’intensité et la diversité des activités portées par les ONG présentes, qui témoignent d’un écosystème très dynamique. » — Laity

Au-delà des sessions plénières, des panels, des réunions et des événements parallèles, la CADHP et le Forum des ONG constituent une opportunité précieuse pour créer du lien, échanger des expériences et agrandir son réseau.  « Les rencontres réalisées lors de ce type d’événement sont aussi importantes que les sessions elles-mêmes. » — Abdoulaye

Les échanges avec des jeunes venus de tout le continent constituent également un temps fort de l’expérience. « Malgré des contextes différents, nous faisons face à des défis similaires concernant les droits humains, la participation citoyenne, la gouvernance démocratique et la protection de l’espace civique. » — Abdoulaye

Pour ne pas se laisser submerger par le programme et le nombre de participants, il est important d’étudier le programme et repérer les sessions en lien avec ses thématiques de travail, réfléchir à chaque profil que l’on souhaiterait rencontrer et prévoir un message à faire passer ou une proposition de collaboration adapté à chaque profil.

discussion achpr

4. Quel impact pour le plaidoyer des jeunes ?

L’impact d’une participation à la CADHP ne se mesure pas seulement en déclarations prononcées ou en résolutions adoptées. Il se mesure aussi dans la manière dont l’expérience transforme la capacité d’un jeune à mener son plaidoyer par la suite.

« Ces espaces forment. Ils exposent les jeunes à des mécanismes institutionnels complexes, à des acteurs influents, à des débats de fond. Chaque jeune qui y participe repart transformé, mieux outillé, plus déterminé. » — Félicien

Pour Abdoulaye, l’apport concret a été méthodologique : apprendre à transformer une préoccupation locale en recommandation transférable au niveau continental.

« Cette expérience m’a également permis de mieux comprendre comment transformer des préoccupations locales en recommandations susceptibles d’être portées au niveau continental. » — Abdoulaye

Et au-delà de l’expérience individuelle, c’est la présence même des jeunes dans ces espaces qui constitue un enjeu de fond pour Félicien :

« Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir, ils sont le présent. Leurs réalités, leurs préoccupations et leurs visions doivent être portées là où les politiques se construisent, là où les déclarations s’adoptent, là où les droits se défendent. » — Félicien

C’est précisément pour cette raison que la participation des jeunes à ce type d’événement ne devrait pas rester exceptionnelle, mais devenir une habitude structurelle des organisations de jeunesse engagées dans le plaidoyer.

5. En bref : Les conseils à retenir avant de partir


1. Aller à la rencontre du plus grand nombre d’acteurs possible. Participer activement aux discussions, et ne pas se limiter aux sessions officielles : les side events sont importants.

2. Préparer son message en amont, mais rester à l’écoute sur place : « Chaque contribution peut apporter une valeur ajoutée aux débats et renforcer la représentation des jeunes dans les espaces africains de plaidoyer. » – Abdoulaye

3. Se positionner comme actrices et acteurs dans la prise de décision . « Il est essentiel que les jeunes ne soient pas seulement bénéficiaires des politiques publiques, mais également acteurs des processus de réflexion, de plaidoyer et de prise de décision. » – Abdoulaye

4. Se préparer à des sessions denses et de nombreux participants: bien relire le programme et identifier les sessions importantes pour votre travail, prévoir à l’avance à qui on aimerait parler et préparer les messages à faire passer.

5. Documenter et faire un suivi après l’événement : un plaidoyer ne s’arrête pas à la fin de la session ; les recommandations portées doivent être relayées au niveau national pour avoir un véritable effet.

Participer à la CADHP, c’est entrer dans un espace dense, parfois déroutant, mais profondément formateur. S’y préparer sérieusement, y être actif plutôt que spectateur, et continuer le plaidoyer une fois rentré : voilà ce qui distingue une participation marquante d’une simple présence. Pour les jeunes qui hésitent encore à franchir le pas, l’expérience de Laity, Abdoulaye, Faty et Félicien parle d’elle-même : c’est un espace qui transforme ceux qui s’y engagent pleinement.

Rendez-vous à Dakar le 12 octobre 2026 pour la prochaine session de la CADHP. Nous y serons. Et vous ?