
Date: 24 November 2025

© Souleymane Ouédraogo
Depuis la crise sécuritaire de 2022, la jeunesse burkinabè, en particulier la génération Z, se distingue par une forte volonté de changement politique et de la gouvernance. Nés dans un contexte marqué par l’instabilité politique, l’insécurité et le chômage, ces jeunes ont exprimé ouvertement leurs frustrations et leurs aspirations à travers des mobilisations, des campagnes en ligne et des actions communautaires pour soutenir les actions aspirantes du peuple en particulier la jeunesse.
Des motivations profondes
Les jeunes manifestent avant tout pour la justice sociale, la transparence dans la gouvernance et un meilleur accès aux opportunités économiques et éducatives. Beaucoup dénoncent la marginalisation de la jeunesse dans les prises de décisions et demandent à être pleinement considérés comme des acteurs du développement national. Les questions environnementales, la liberté d’expression et la sécurité figurent aussi parmi leurs principales préoccupations. À titre d’exemple, Aïcha, une jeune étudiante de Koudougou, raconte : « Nous voulons juste que nos voix comptent. Quand nous plantons des arbres ou participons à des campagnes de nettoyage, ce n’est pas juste symbolique. C’est notre manière de dire que nous voulons un avenir meilleur, ici au Burkina. »
De même, lors des récentes marches citoyennes à Ouagadougou, de nombreux jeunes brandissaient des pancartes réclamant « Justice pour tous » et « Non à la corruption ». Ces mobilisations traduisent une volonté réelle de participer à la construction d’un État plus équitable et responsable.

De nouvelles formes d’engagement
La génération Z s’organise différemment des générations précédentes. Grâce aux réseaux sociaux comme Facebook, TikTok ou WhatsApp, les jeunes réussissent à mobiliser rapidement, partager de l’information et exprimer leurs opinions. Un exemple marquant est la campagne #MonÉcoleMonAvenir, lancée sur Facebook et TikTok par des jeunes de Ouagadougou pour sensibiliser à la rénovation des établissements publics dégradés. En quelques jours, la mobilisation a réuni des centaines d’élèves et d’étudiants publiant des vidéos montrant l’état de leurs écoles, tout en proposant des actions concrètes de nettoyage et de peinture collective. Ce mouvement, relayé ensuite par plusieurs associations locales, a illustré la puissance des réseaux sociaux comme moteur d’engagement citoyen et communautaire. Ils privilégient des actions créatives et spontanées, souvent hors des structures politiques traditionnelles : campagnes en ligne, débats citoyens, actions de volontariat, ou encore initiatives locales dans les écoles et universités. Les influenceurs et jeunes leaders associatifs jouent un rôle important en servant de relais entre la rue, les communautés et les institutions.
Défis et perspectives

Si la jeunesse burkinabè démontre un engagement croissant, elle se heurte encore à plusieurs défis : faible écoute institutionnelle, récupération politique, désinformation, et parfois répression des mouvements citoyens. Pourtant, cette énergie représente une véritable opportunité pour la démocratie.
Les obstacles rencontrés par la jeunesse burkinabè ont profondément façonné leurs modes d’action. Face à la désinformation, les jeunes investissent les réseaux sociaux non seulement pour s’exprimer, mais aussi pour informer. Ils ont compris que la bataille des idées se joue en ligne. Ainsi, de nouveaux collectifs comme InfoJeunes Burkina ou SahelCheck s’imposent dans la vérification des faits et la diffusion de contenus fiables. Ces initiatives renforcent l’esprit critique et encouragent une culture numérique plus responsable.
Face à la répression, la génération Z privilégie des stratégies de mobilisation plus créatives et moins frontales. Au lieu de grandes manifestations risquées, ils optent pour des campagnes symboliques, des actions communautaires (nettoyages, reboisements, ateliers civiques), ou des performances artistiques (slams, vidéos, affiches) pour faire passer leurs messages sans confrontation directe.
Face au manque d’écoute institutionnelle, beaucoup de jeunes choisissent d’agir à la base. Ils s’impliquent dans des associations locales, créent des clubs citoyens dans les écoles ou des collectifs de jeunes leaders dans les communes. Cette approche “par le bas” leur permet d’avoir un impact concret et de construire, petit à petit, un dialogue social avec les autorités locales.
Ainsi, ces défis ne freinent pas la jeunesse burkinabè ; ils la poussent à inventer des formes d’engagement plus autonomes, ancrées dans la solidarité et la créativité. Avec un accompagnement adapté, un espace d’expression sécurisé et des formations en leadership civique, la génération Z pourrait devenir le moteur du renouveau démocratique au Burkina Faso.
Members of the YDC who contributed to this section:
Association pour la Sauvegarde de l’Environnement et le Développement Durable (ASEDD)



