
Date : 27 novembre 2025
En 2024, le Bangladesh a connu un soulèvement historique mené par la jeunesse, largement connu sous le nom de « révolution de juillet ». Initialement déclenché par des manifestations d’étudiants contre la réforme des quotas dans la fonction publique, le mouvement s’est rapidement étendu à des questions telles que la corruption et la demande d’une plus grande responsabilité démocratique. Les manifestations ont abouti à la démission du Premier ministre Sheikh Hasina et à la formation d’un gouvernement intérimaire dirigé par le lauréat du prix Nobel Muhammad Yunus.
Les moteurs de la mobilisation des jeunes

Au Bangladesh, les jeunes se mobilisent autour des questions d’équité, de responsabilité et d’inclusion démocratique. Le rétablissement des quotas dans la fonction publique, en particulier les 30 % réservés aux descendants des vétérans de la guerre de libération de 1971, a suscité une inquiétude générale quant à la méritocratie et à l’égalité des chances. Les fréquents accidents de la circulation et l’insuffisance des mesures de sécurité routière ont galvanisé l’activisme des jeunes, soulignant la négligence du gouvernement et le besoin urgent de réformes en matière de sécurité publique. La corruption systémique, le manque de transparence, les disparitions forcées, les élections truquées, la faiblesse des institutions constitutionnelles et les échecs de la gouvernance alimentent la frustration des jeunes qui exigent des dirigeants éthiques et des institutions responsables. En outre, des préoccupations plus larges en matière de justice sociale, notamment la liberté d’expression, la protection contre la violence, le rétablissement du droit de vote et des droits humains poussent les jeunes à réclamer une démocratie plus inclusive, plus respectueuse des droits et plus participative au Bangladesh.
Organisation et voix
Les jeunes s’organisent et font entendre leur voix grâce à un mélange de stratégies numériques et locales. Ils utilisent les plateformes de médias sociaux, les applications de messagerie et les campagnes en ligne pour coordonner les manifestations, partager des informations et mobiliser des sympathisants dans tout le pays. Hors ligne, les initiatives menées par les jeunes comprennent des manifestations de masse, des sit-in, des rassemblements et des actions de désobéissance civile, souvent décentralisées pour permettre une participation locale en toute sécurité. Les expressions culturelles telles que les chansons de protestation, les peintures murales, les spectacles de rue et les campagnes artistiques créatives sont également devenues de puissants outils de sensibilisation. En combinant la connectivité numérique et l’activisme sur le terrain, les jeunes attirent l’attention nationale, construisent des réseaux civiques et remettent en question les hiérarchies politiques traditionnelles.

Diriger le mouvement : Un point de vue du terrain
Une grande partie de la coordination du mouvement étudiant 2024 s’est faite très discrètement par le biais de réseaux de confiance construits au fil des ans. Nous avons veillé à ce que les jeunes disposent d’informations factuelles correctes, d’un soutien émotionnel et de moyens d’expression sûrs. Dans une situation où la désinformation s’est répandue comme une traînée de poudre et où la peur s’est emparée de tout le monde, les jeunes leaders sont devenus des points d’ancrage de clarté et de courage. Notre tâche consistait à aider les jeunes à reconnaître leur pouvoir collectif sans les mettre en danger, en conciliant l’urgence du moment avec la responsabilité de protéger les communautés que nous servons.
Ce qui ressort le plus, c’est la façon dont les jeunes Bangladais, au-delà des clivages urbains et ruraux, étudiants et travailleurs, activistes et manifestants débutants, se sont rapprochés les uns des autres. Les organisations de jeunesse comme la nôtre ont contribué à combler ces fossés, en créant un langage civique commun ancré dans la justice et la dignité. Nous avons organisé des rencontres communautaires, des séances d’information en ligne, des sessions de sensibilisation et des messages coordonnés pour veiller à ce que la voix du mouvement reste unie, même lorsque les rues étaient remplies de tensions. Les moments de deuil, y compris la perte de jeunes, sont devenus des moments où le leadership signifiait maintenir un espace pour la guérison tout en gardant l’espoir vivant.
Munira Mahjabin Mimo, étudiante à l’université de Dhaka, a fait part d’une réflexion qui a marqué nombre d’entre nous : « Pour moi, ces 36 jours de mouvement représentent un exemple puissant de rupture de la culture de la peur et de construction de la résistance. » Ses paroles ont fait écho aux sentiments de milliers de jeunes qui ont trouvé du courage les uns dans les autres.
Rafid Ariyan, activiste et artiste, a apporté un point de vue très personnel en déclarant : » Les blessures de ces jours-là restent en moi, mais c’est en transformant cette douleur en art et en action que j’ai appris à continuer à respirer ».
Défis et opportunités

L’engagement des jeunes est confronté à la fois à des défis et à des opportunités pour façonner la démocratie. La répression politique, les mesures de répression violentes et la résistance institutionnelle bien ancrée rendent l’activisme soutenu risqué, tandis que les hiérarchies sociales et politiques limitent l’influence des jeunes dans la prise de décision formelle. La corruption et les obstacles bureaucratiques peuvent également entraver les efforts de réforme. Pourtant, le soulèvement de 2024 démontre le potentiel des jeunes à remodeler les normes politiques, à exiger la transparence et à faire pression en faveur d’une politique inclusive. Leur maîtrise du numérique, leurs réseaux locaux et leur activisme créatif leur donnent les moyens d’engager la société dans son ensemble, de demander des comptes aux dirigeants et de plaider en faveur de réformes telles que des amendements constitutionnels, une gouvernance fondée sur le mérite et la protection des droits humains. S’il est encouragé, l’activisme des jeunes au Bangladesh peut renforcer la participation démocratique, favoriser la responsabilité civique et créer des précédents durables en matière de gouvernance responsable.
L’héritage
Le mouvement de juillet illustre la manière dont l’activisme des jeunes peut relier de multiples questions sociales à un programme démocratique plus large, y compris la justice climatique et environnementale. Des documents historiques tels que la Déclaration de juillet (5 août 2024) et la Charte de juillet (17 octobre 2025) reflètent les aspirations des jeunes en matière de réforme politique, de justice et de développement respectueux de l’environnement. Bien que le nouveau parti des étudiants, le Parti national des citoyens (PNC), ait initialement boycotté la Charte pour des raisons d’applicabilité juridique, il continue de plaider en faveur de réformes contraignantes et représente une initiative de la jeunesse en faveur d’un ordre politique nouveau, transparent et fondé sur le mérite. Aujourd’hui, alors que nous continuons à reconstruire et à soutenir les jeunes par des actions de plaidoyer, d’éducation civique et de soutien à la santé mentale, il ne fait aucun doute que la génération Z du Bangladesh a redéfini ce à quoi ressemble la mobilisation. Ils n’attendent pas la permission pour façonner leur démocratie. Ils dirigent avec empathie, créativité et une conviction inébranlable que leur voix compte. Notre rôle en tant que responsables de groupes de jeunes évolue également, passant d’une mobilisation d’urgence à un renforcement démocratique à long terme. Nous aidons les jeunes à transformer leur courage en engagement durable, en veillant à ce que les progrès réalisés dans les moments de crise deviennent le fondement d’un avenir plus juste et plus inclusif.
Ces dernières années ont clairement montré une chose : lorsque les jeunes s’organisent dans un but précis et en solidarité les uns avec les autres, ils font plus qu’élever la voix, ils changent le cours d’une nation.
Membres de la YDC ayant contribué à cette section :
Sohanur Rahman, coordinateur exécutif, YouthNet Global
RakibHassan Siam, secrétaire général, Kashful Foundation



