
Par Nancy Fawoh
Lorsque j’ai embarqué à bord de mon vol reliant Yaoundé à Bruxelles le 7 juin 2026 pour participer à DemoWave, la « (Non)Conférence » des jeunes organisée par la Cohorte Démocratie & Jeunesse sous l’égide du European Partnership for Democracy (EPD), j’emportais avec moi le lourd fardeau de la réalité de l’espace civique au Cameroun. Dans mon pays, le Cameroun, exercer sa liberté d’expression ou de réunion revient souvent à marcher sur une corde raide. Dans un contexte politique où les rassemblements publics sont étroitement contrôlés et où les commentaires en ligne peuvent entraîner des arrestations immédiates, les jeunes évoluent souvent selon une règle tacite : la liberté d’expression est peut-être garantie avant que vous ne vous exprimiez, mais rarement après.

En arrivant à DemoWave, je suis entrée dans une salle où se trouvaient plus de 120 jeunes leaders venus du monde entier. Dès l’instant où les animateurs ont annoncé qu’il n’y avait pas d’ordre du jour préétabli, le format traditionnel et rigide des conférences a volé en éclats. Nous n’étions pas là pour écouter passivement une table ronde après l’autre ; nous étions là en tant qu’architectes de l’événement.
Des espaces atypiques, des conversations authentiques

Le format « (Non)Conférence » nous a poussés à sortir de notre zone de confort. Grâce à des animations interactives, allant des « Campfire Stories » (histoires autour d’un feu de camp) en petit comité, où les participants, assis par terre, partageaient leurs souvenirs personnels liés à leur prise de conscience politique, aux « Fishbowl Conversations » (discussions en aquarium) dynamiques et aux débats politiques « Snacks for Thought », nous avons défini l’ordre du jour en temps réel.
Au cours d’une session consacrée à l’abaissement de l’âge du droit de vote, j’ai réfléchi à ma propre situation au Cameroun, où l’âge légal du droit de vote est fixé à 20 ans. Dans un pays où la population est majoritairement jeune et se sent largement déconnectée de la politique officielle, écouter mes pairs européens plaider en faveur du droit de vote à 16 ans m’a donné de nouvelles idées sur la manière dont je pourrais mettre à profit mon travail bénévole au sein d’associations de jeunesse telles que Young Peuple (YP) dans mon pays pour militer en faveur d’une réforme électorale significative.
Lors d’une autre session consacrée à l’Indice mondial de participation politique des jeunes (GYPI), les données ont confirmé ce que beaucoup d’entre nous ressentent intuitivement : les espaces politiques officiels restent les plus fermés et les plus inaccessibles aux jeunes à l’échelle mondiale. Écouter une jeune femme de notre génération décrire en détail le mouvement de la Gen Z au Népal, où des jeunes femmes et d’autres groupes minoritaires ont mené le travail acharné de négociation d’un accord de réforme en dix points avec le gouvernement, a renforcé une leçon essentielle : les mouvements doivent définir des revendications claires et concrètes avant de prendre place à la table des négociations.
Ancrer les idées mondiales dans les réalités locales

De toutes les sessions, la discussion sur « L’activisme en exil » a trouvé un écho particulièrement profond dans mon expérience personnelle de journaliste et de militante camerounaise. L’intervenante a invité l’auditoire à cesser de considérer l’exil comme la « conséquence » d’un événement politique, mais plutôt comme un prolongement actif et essentiel de ce même combat. Dans les contextes autoritaires ou très restrictifs où la crainte de la détention ou de la violence réduit au silence les voix locales, les militants opérant depuis la diaspora jouissent du privilège et de la responsabilité uniques de demander des comptes au pouvoir sans être exposés à la menace immédiate de représailles physiques. Cela m’a paru constituer un cadre puissant pour l’avenir démocratique du Cameroun.
Lorsque l’espace civique est étouffé à l’intérieur des frontières nationales, les voix en exil peuvent continuer à faire vivre la cause des droits numériques, de la lutte contre les violations des droits humains et de l’éducation civique.
Ce dont la démocratie a besoin aujourd’hui
Au cours du discours d’ouverture, une citation de Lukas Siepe, député européen, m’a particulièrement marquée :
« La démocratie n’a plus besoin de discours, mais de jeunes qui en soient les artisans et qui s’engagent. »

Partout dans le monde, les jeunes ne sont ni désengagés ni indifférents. Nous sommes simplement épuisés par des systèmes traditionnels qui considèrent la jeunesse comme un simple prétexte à des séances photo plutôt que comme des acteurs à part entière dans la prise de décision. Que ce soit par le biais de l’organisation numérique, des manifestations de rue, de l’art ou de la création de réseaux transfrontaliers, les jeunes inventent sans cesse de nouvelles façons de s’adresser au pouvoir.
DemoWave a démontré que, même si nos contextes régionaux et nos risques politiques varient considérablement, nos luttes fondamentales sont étroitement liées. Le renouveau démocratique ne naîtra pas dans les hautes sphères du pouvoir. Il naît dans des espaces inconfortables et créatifs où les jeunes se rassemblent, échangent des outils et refusent de demander la permission pour construire un avenir meilleur.