
Godfred Kuttin est cofondateur et directeur exécutif adjoint de la Youth Initiative Foundation, une organisation dirigée par des jeunes et axée sur les jeunes, qui s’engage à faire progresser les droits des personnes LGBTQIA+, l’égalité des genres, l’autonomisation des jeunes et la promotion d’une gouvernance ouverte pour des sociétés plus inclusives. Avec une formation diversifiée en sciences de la mer et des certifications en technologies numériques et en formation, Godfred exploite les outils numériques pour promouvoir les droits humains.
Quelque part entre Bilbao et Accra, alors que les lumières de l’Espagne s’estompaient sous les nuages, je me suis retrouvée à écouter « Jubilee Road » de Tom Odell. La chanson était diffusée doucement dans mes écouteurs et, d’une manière ou d’une autre, chaque mot était empreint d’une certaine familiarité. Un sentiment tranquille de réflexion, de résilience, d’appartenance, d’histoires inachevées et d’espoir. Odell parle d’une rue remplie de voisins et de vies quotidiennes qui s’entrecroisent.
Tout en écoutant, j’ai pensé au Sommet mondial du Open Government Partnership (OGP) auquel je venais d’assister à Vitoria-Gasteiz, et au fait qu’à bien des égards, la communauté de la gouvernance ouverte ressemble à cette rue : un lieu d’idéaux partagés, de réalités imparfaites et de recherche d’appartenance.
Pour moi, Jubilee Road est devenue plus qu’une chanson. Elle est devenue une métaphore du voyage vers l’inclusion. OGP, comme cette route, est jalonné de promesses et de conversations, mais aussi de silences, en particulier pour les jeunes LGBTQIA+ comme moi. En parcourant les sessions, en entendant les appels à la transparence, à la responsabilité et à la co-création par les jeunes, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer l’absence discrète de représentation LGBTQIA+ dans nos discussions sur l’ouverture.
Le silence dans la salle
Représentant la Youth Initiative Foundation et faisant partie de la délégation de la Youth Democracy Cohort, je suis arrivé au Sommet avec un profond sentiment d’espoir. J’ai rencontré de jeunes leaders passionnés et j’ai écouté des décideurs politiques engagés dans la construction de démocraties plus responsables. Pourtant, dans ces mêmes salles, j’ai souvent ressenti l’écho d’un silence, que de nombreux jeunes LGBTQIA+ reconnaîtraient. Alors que nous parlions d’inclusion, peu de gens parlaient en notre nom.
Selon des données récentes de l’OGP, moins de 10 % des pays membres ont pris des engagements explicites en faveur de l’inclusion des personnes LGBTQIA+ dans leurs plans d’action nationaux, et aucun pays d’Afrique ne l’ a fait jusqu’à présent. Cet écart reflète une hésitation plus générale qui empêche l’ouverture de devenir universelle. De nombreux délégués africains, malgré leur passion pour la démocratie, ont soigneusement pris leurs distances avec les questions LGBTQIA+, ce qui montre à quel point les récits moraux et culturels continuent de façonner le discours politique sur le continent.
Au Ghana, par exemple, le projet de loi sur la promotion des droits sexuels humains et des valeurs familiales ghanéennes (récemment réintroduit au Parlement) montre que la politique est souvent définie par l’exclusion morale, et non par l’inclusion démocratique. Pour les jeunes LGBTQIA+ et leurs défenseurs, ce moment souligne pourquoi l’inclusion dans des espaces de gouvernance ouverts ne peut être retardée. Il ne s’agit pas seulement d’une question de politique, mais de protection et de survie.
Sur la Jubilee Road
Notre voyage, comme la symbolique Jubilee Road, est loin d’être terminé. Mais chaque conversation, chaque acte d’ouverture et chaque jeune qui refuse de se taire nous rapproche un peu plus de cette maison commune où l’égalité n’est pas conditionnelle et où l’appartenance n’est pas débattue. L’ouverture est un chemin que nous parcourons ensemble.
Si nous croyons vraiment à l’esprit d’un gouvernement ouvert, l’inclusion ne peut être conditionnelle. La prochaine phase de l’OGP doit dépasser la rhétorique pour aboutir à des engagements mesurables.
L’OGP devrait exiger des États membres qu’ils ventilent les données relatives à la participation des groupes marginalisés, y compris les personnes LGBTQIA+ , dans leurs rapports sur les plans d’action nationaux. Ce qui est mesuré est traité. Sans cette visibilité, nous ne pouvons pas suivre les progrès ou tenir les gouvernements responsables de processus de co-création réellement inclusifs.
Des exemples concrets existent déjà et devraient être activement promus. Le plan d’action national 2021 de l’Argentine comprend des engagements spécifiques visant à améliorer l’accès des personnes transgenres aux services publics. L’Uruguay a intégré des engagements antidiscriminatoires fondés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. L’OGP devrait soutenir la reproduction de ces modèles dans les pays membres, en particulier dans les régions où de tels engagements sont actuellement absents.
L’OGP devrait également formaliser des partenariats avec des réseaux LGBTQIA+ établis qui peuvent apporter leur expertise et leur soutien. Des organisations comme ILGA World, Pan Africa ILGA et OutRight International ont des dizaines d’années d’expérience en matière d’élaboration de politiques inclusives avec les gouvernements. En intégrant ces acteurs dans les processus de co-création par le biais de rôles consultatifs, d’une assistance technique ou d’une participation directe à l’élaboration des plans d’action nationaux, les États membres ont accès à des cadres éprouvés et à une expérience vécue.
Les partenaires de la société civile au sein des réseaux de l’OGP doivent créer des espaces sûrs pour la participation des jeunes LGBTQIA+. Cela signifie qu’il ne suffit pas de nous inviter à la table, mais qu’il faut nous protéger contre la discrimination, fournir des ressources pour un engagement significatif et amplifier nos voix dans les processus de prise de décision.
Les jeunes LGBTQIA+ d’Afrique et d’ailleurs méritent plus qu’une reconnaissance, ils méritent une représentation. Faisons en sorte que le prochain chapitre du gouvernement ouvert soit celui où chaque voix, en particulier la plus marginalisée, contribue à écrire l’histoire de la transparence et de la transformation.
Car tant que chaque citoyen.ne, quelle que soit son identité, ne pourra pas emprunter la Jubilee Road sans crainte ni exclusion, la marche vers l’ouverture restera incomplète.
Clause de non-responsabilité : cet article ne reflète pas nécessairement les opinions du YDC ou de ses membres.